En ces temps de manipulation et de culte aveugle d’improbables sauveurs suprêmes, les militantes et militants doivent faire l’effort d’aller au fond de la réflexion sur les sujets qui concernent notre pays. Un peuple conscient est un peuple éduqué et qui réfléchit par lui-même sur la base d’analyses sérieuses. Certaines prises de position de prétendus défenseurs du peuple conduisent à nous rendre plus dépendants et à faire le jeu du colonialisme français.
Francis CAROLE
TEXTE DE Mireille PIERRE-LOUIS
A L’ASSAUT DE L’OCTROI DE MER
LE POPULISME AUTOPHAGE
(Contribution à titre personnel/V22 mai 2026 Mireille PIERRE-LOUIS)
Rester à la surface des choses favorise le registre de l’émotion, du ressenti, voire du ressentiment et empêche de tirer la sonnette d’alarme sur la brutalité de la politique budgétaire de l’État français vis-à-vis de ses anciennes colonies dans le but de renflouer les caisses de Bercy. Cette offensive budgétaire appauvrit les territoires et dévaste les Antilles (voir plus loin) et constitue la menace la plus sérieuse pour les DOM, appelant une réaction collective forte. A l’assaut de l’Octroi de mer :
Le populisme autophage
« Le malheur, c’est que nous nous sommes toujours imaginés à travers l’imaginaire des Maîtres».(Mayra Santos)
Héritaj’
Le retournement Le Front intérieur Les Cols blancs
La si chère « Vie chère » Et vogue la galère… Un débat loyal ?
L’Octroi de mer : Qu’es aquò ?
Le festin
Les oiseaux de proie
Les révoltes de Noirs aux Antilles Le ressac incessant de la mer
La servitude volontaire
Héritaj’
L’Octroi de mer a été marqué, dès l’origine, par le sceau de l’indignité, voire de l’infamie.
Il représente une tâche sombre dans l’histoire d’une France, auréolée de ses Lumières, à l’orée des Temps modernes.
Il fait songer au « bois d’ébène » : taxé au même titre que n’importe quelle autre marchandise ?
Il fait songer à ces créatures auxquelles un Code, noir comme il se doit, finit par accorder une âme, pour mieux les enchaîner.
Il fait songer à ce Dieu, bon comme un vieux planteur affable1,qui soulage et réconforte, pour s’absoudre de tous les pillages, viols et crimes perpétrés en son nom.
Il fait songer à la sueur des hommes, des femmes et aussi des enfants, Noirs comme il se doit, dans les flots Verts des champs de canne, virant au Rouge s’il le fallait, pour édifier la prospérité de la Mère patrie et dont il nous reste en héritaj’ quelques vapeurs de rhum pour nous enivrer : un échange somme toute équitable ?
Il fait songer aux rues cases-nègres, reléguées dans les recoins des habitations coloniales, suffisamment loin de la Maison du Maître qui continue de régner sans partage sur les affaires des Isles, comme au bon vieux temps des colonies2.
Aussi, la fin de l’Octroi de mer a-t-elle été présentée, par un ministre français, débarquant aux Antilles en 2023 et se posant en Libérateur, à la manière de Toussaint, comme la fin d’une servitude de quatre siècles pour les descendants d’esclaves noirs des premières colonies françaises.
De fait, face à cette « promesse », peu de voix ont osé défendre cet impôt«colonial», de ce passé colonial faisons table rase et la Paix avec nous-mêmes, c’est-à-dire avec la France.
Le retournement
En réalité, il s’est produit, s’agissant de l’Octroi de mer, un retournement comme il s’en produit parfois dans l’histoire.. Cette taxe, établie par Colbert au bénéfice exclusif des colons, est devenue profitable aux « ex-colonisés », actuels « outremers », ce qui n’était pas le but pour lequel elle avait été instituée,, leur fournissant dès lors une assise financière au moment où la question de l’autonomie de ces territoires devient de plus en plus pressante, expliquant en partie le réveil soudain de la Métropole et sa charge foudroyante à son encontre. Ajoutée à cette considération, la situation financière catastrophique actuelle de l’État français qui explique son urgent besoin de faire la chasse au moindre euro.
Et dans une période de recentralisation des finances locales, à marche forcée, au motif de la maîtrise des dépenses publiques, la survivance de l’Octroi de mer, qui plus est aux mains de descendants d’esclaves noirs, représente une véritable « infamie » pour les administrations centrales, c’est-à-dire les Cols blancs qui administrent la France.
Mais pas que…
Le Front intérieur
En effet, voilà qu’à un an du renouvellement par Bruxelles du dispositif d’exonération de la production locale, le pouvoir central trouve un allié de taille dans son assaut contre l’Octroi de mer, avec un front intérieur, emmené par une « lobbyiste », dénonçant une taxe « coloniale », instrument dangereux aux mains de maires, « tous corrompus » et au « service des Békés plutôt que du Peuple». Il en appelle donc au Maître, à savoir l’État français (et même, au plus haut des cieux, l’Union européenne3) pour y mettre bon ordre, c’est-à-dire mettre un terme à l’Octroi de mer.
Et pour couronner le tout, alors que le Chef de l’État français lui-même a fini par reconnaître, le premier février 2019, devant les maires d’outre-mer rassemblés à l’Élysée, qu’effectivement les dotations des communes d’outre-mer étaient insuffisantes4, ce front, survolté, en reprenant à son compte les vieux refrains éculés des administrations centrales, découlant d’un racisme systémique, vient à la rescousse de l’État, qui n’en demande pas tant, pour dire au Peuple que « Non », « Tout cela est Faux », « On vous a trompés » : « Au contraire », les communes d’outremer disposant de « dotations plus abondantes » , l’Octroi de mer « ne sert que d’argent de poche aux élus » pour financer leurs excès.
Déjà, en 2024, pour illustrer cette société d’abondance, ce même front avait relayé5 avec un zèle jubilatoire une communication du ministère de l’outremer, aussi erronée que tapageuse, arguant d’un « effort inédit de soutien de l’État aux communes d’outremer » avec une « augmentation de leur DGF de 90,4% en un an » contre…3% en réalité (!).
Cette information grotesque ne mériterait pas d’être mentionnée ici, si elle n’était symbolique du décalage constant entre la réalité et les discours façonnant «l’Outremer », d’où, de temps à autre, des éruptions spectaculaires de « ces îles lointaines », pour tenter de respirer derrière le Masque.
Ainsi, plutôt que de s’atteler à la tâche et d’aller débusquer les chiffres accablants du Livre Noir des comptes publics de la République, jalousement gardés par les administrations centrales, ou même de tenter de les reconstituer en cas d’absence, l’on se contente, à partir de sources pour le moins problématiques (l’histoire est écrite par les Vainqueurs), de recycler les vieux schémas de l’appareil d’État vis-à-vis de l’Autre.
Les Cols blancs
En effet, les Cols blancs qui administrent la France ont l’habitude regrettable d’évaluer les problèmes complexes des anciennes colonies prioritairement, voire exclusivement, sous le prisme des «abus»et de
«l’incompétence». Ils parviennent ainsi à masquer leurs propres défaillances6 ou férocité et à éluder le problème systémique du sous-financement public dans ces territoires en mettant en avant une prétendue
« prospérité » apportée par l’Octroi de mer, objet de convoitise de Bercy qui, selon une rhétorique bien rodée dans leurs rapports à charge, reprise mot pour mot par les plus zélés des Noirs, ne serait plus qu’un luxe ostensible et ostentatoire qui discrimine la « Métropole » et accable le Peuple par la « vie chère ».
Or, quel que soit le schéma retenu pour supprimer l’Octroi de mer, ou encore pour le transférer dans les caisses de Bercy via la TVA nationale, cela aurait comme conséquences d’appauvrir considérablement les budgets locaux et d’accentuer l’exode des populations les plus fragiles vers la « Métropole » comme c’est déjà la cas pour les Antilles.
Est-ce le but ? Une ligne rouge que l’État, sous couvert de maîtrise des dépenses publiques, se sent dorénavant autorisé à franchir.
La si chère « vie chère »
On l’aura compris, le problème de l’Octroi de mer, n’est pas tant l’Octroi de mer lui-même, que l’Après Octroi de mer.
Mais la perte d’un levier fiscal essentiel pour faire face aux enjeux spécifiques de chaque territoire et la ruine subséquente des services publics, semblent, tant pour le Front Anti-Octroi de mer que pour l’État français, tomber dans la catégorie « des pertes et profits ».
Car, « Ce qui compte », tant pour les uns que pour les autres : « C’est la Vie chère». Un sujet « rassembleur » (de voix) qui a le mérite d’occulter tous les autres problèmes et de rester en surface, c’est-à-dire au niveau des prix et de ses boucs émissaires associés, comme l’Octroi de mer, alors que dans les DOM la « vie chère » s’explique à 80% par les bas-revenus et à 20% par les prix.
L’autre menace, car la Nature a horreur du vide, c’est le narcotrafic qui supplée le désengagement budgétaire de l’État (400 millions d’euros par an injectés dans l’économie en Martinique selon le journal Le Monde) et que ce dernier tente, en revanche, de juguler à Marseille, avec un plan de rattrapage de 5 Milliards d’euros, ciblé en particulier sur la jeunesse…
Par ailleurs lorsque l’État supprime une taxe locale au motif de la « Vie chère », il compense les pertes fiscales des collectivités en puisant dans ses fonds propres ou en creusant son déficit comme il l’a fait avec la suppression de la taxe d’habitation qui lui a coûté 20 milliards d’euros en 2020. Mais dans le cas de l’Octroi de mer (1.6 milliards d’euros), Bercy est clair : pas question de creuser le déficit public pour les DOM !
La TVA nationale remplacera donc l’Octroi de mer (Cf, Rapport FERDI). Des compensations seront accordées aux collectivités sous forme de dotations, tandis que la dynamique de la taxe restera dans les caisses de l’État pour combler son déficit.
Au surplus, comme le savent aussi bien Bercy que la Cour des Comptes, la TVA qui taxe à la fois les services et les biens ne peut pas représenter une solution au problème de la « vie chère » dans les DOM, bien au contraire : « Transformer l’octroi de mer en une TVA ou en un impôt sur le prix de vente, serait de nature à contribuer davantage à la hausse des prix.»7.
On l’aura compris, avec le remède envisagé par l’État (et d’autres…) pour lutter contre la « vie chère», la facture risque d’être bien plus « salée » ou amère pour «Le Peuple», objet de toutes les attentions.
Et vogue la galère…
En tout état de cause la compensation « intégrale » accordée aux collectivités diminuera au fur et à mesure car l’État utilise les dotations de compensation comme variables d’ajustement. Avec la perte du dynamisme de la taxe et la baisse inéluctable des dotations, les autres impôts vont exploser (taxe foncière), idem pour le prix des services. Les collectivités n’auront plus les moyens d’investir ni de satisfaire les besoins sociaux des populations (les caisses des CCAS seront vides). Les populations quitteront les territoires en masse, comme c’est déjà le cas aux Antilles .
Pour l’heure, face à l’indifférence de l’État central, seul le rebond de l’Octroi de mer depuis 2022 permet aux Antilles d’éviter un naufrage et de limiter l’emprise du narcotrafic. Et paradoxalement, c’est aux Antilles que la fronde contre l’Octroi de mer est la plus forte pour supprimer cette ultime soupape présentée au contraire par le Front Anti-octroi de mer comme un «verrou». Reste donc à ouvrir les vannes… pour constater le déluge…Et vogue la galère…L’inondation ne parviendra pas à Paris, ni à Bruxelles.
(A dire vrai, la situation sociale dégradée des Antilles favorise ces frondes à répétition qui tentent de s’exporter dans les autres DOM où il existe des sujets de mécontentement croissants).
Un débat loyal ?
Chaque impôt présente ses propres complexités, avantages et inconvénients. Mais en ce qui concerne l’Octroi de mer, le débat est souvent caricatural, entaché de convoitises ou d’une méconnaissance, et la
plupart du temps les deux à la fois. Autrement dit, il semble quasiment impossible d’avoir un débat loyal sur l’octroi de mer, chacun avançant masqué, en premier lieu l’État, juge et partie.
Dans ces conditions, toute réforme apparait périlleuse, car en définitive ce levier fiscal aux mains des collectivités locales joue un rôle majeur dans l’équilibre financier de ces territoires (40% des recettes de fonctionnement des communes et 15% de celles des régions). Et ce qui est attaqué, ce n’est pas toujours l’Octroi de mer, en tant que tel, mais cette prérogative fiscale dont sont privées les collectivités de l’Hexagone parce qu’elles se situent dans un territoire où l’État a toujours investi massivement. Par conséquent, ce que l’on reproche à l’Octroi de mer, pourrait bien n’être aussi qu’une vaste entreprise de diversion, menée tambour battant pour in fine limiter le pouvoir et les moyens des élus.
L’Octroi de mer : Qu’es aquò ?
Pour rappel, l’Octroi de mer, c’est l’équivalent de l’Octroi, une taxe sur les marchandises entrants aux
| Il représente un soutien financier de l’État qui renonce | ||
| (partiellement ou totalement) à des recettes de TVA destinées à la France entière pour laisser aux | ||
| territoires l’Octroi de mer pour répondre à leurs enjeux spécifiques | . | |
« portes de la ville », créée à Paris au XIIIème siècle, généralisée sous Colbert au XVIIème siècle y compris dans les colonies (aux « portes de la mer »), et supprimée en 1948, sauf dans les DOM où les recettes fiscales de remplacement sont trop faibles et où il existe des abattements obligatoires pour les ménages (40% pour la taxe d’habitation) non compensés par l’État.
Par ailleurs, l’Octroi de mer taxe de la même manière les biens, quelle que soit leur provenance : il ne joue pas le rôle qu’on lui prête dans le « Pacte colonial », qui empêchait aux colons de commercer avec leurs voisins. Au contraire, au grand dam des fonctionnaires de Bercy il instaure une barrière fiscale avec la
« Métropole » (!). Une taxe qui par conséquent a résisté aux assauts incessants de l’État français depuis des siècles8 et dont, selon l’adage des fiscalistes, l’âge serait plutôt une vertu : « Vieil impôt, Bon impôt ».
L’Octroi de mer, une taxe à la consommation qui équivaut en moyenne à 750 euros par habitant dans les DOM9 (raison pour laquelle le RN demande sa suppression) contre 4 000 euros par habitant pour la TVA en France (!). (Pour rappel, contrairement à certaines « rumeurs », les importateurs des DOM n’acquittent pas la TVA en France, les produits arrivent dans les DOM « Hors taxes »).
En réalité, l’Octroi de mer a pour objectif, comme la TVA, de financer le service public car c’est le rôle de l’impôt. Il a un rôle économique10 en exonérant la production locale pour la rendre plus compétitive sur le
marché intérieur par rapport aux concurrents importés taxés plus fortement, mais dans des limites encadrées par Bruxelles.
Enfin, contrairement aux idées reçues, sans reconduction de cette exonération, qui se solderait par la fin de la protection de la production locale, l’Octroi de mer continuerait d’exister, jusqu’à ce que l’État Français en décide autrement. Ce dernier représente, en effet, la principale menace pour l’Octroi de mer (afin de renflouer son budget) que l’on impute à tort à Bruxelles.
Les autres opposants à l’Octroi de mer sont les distributeurs de l’Hexagone (certains se targuent d’avoir obtenu de Bercy la suppression de cette taxe11) ou les importateurs, souvent Békés (sic), critiqués pour leurs marges excessives et qui pourront les accroître encore plus (!)12.
Les grands perdants d’une réforme « en profondeur » de l’Octroi de mer (autrement dit sa suppression déguisée) seraient le Peuple appelé à brûler « ankay pou an rat’ », les collectivités locales (« un ramassis de corrompus et d’incompétents»), la production locale (elle « n’existe pas», c’est une arnaque du lobby Béké) et les entreprises qui dépendent de la commande publique (« des parasites») : un véritable festin ! Tel est le niveau du débat.
Une singulière désinvolture qui contraste avec l’importance des enjeux…
Les oiseaux de proie
En réalité, s’attaquer à l’Octroi de mer, c’est s’en prendre au service public et déstabiliser un secteur économique volontiers qualifié de « colonial », y compris par le colonisateur, pour justifier une politique de
« la terre brûlée ».
A titre indicatif, si l’Octroi de mer avait été supprimé et remplacé par une dotation de l’État il y a 20ans, les collectivités ultramarines subiraient aujourd’hui une amputation de leur budget de fonctionnement de plus de 630 Millions d’euros (!), un montant équivalent à la DGF des communes aujourd’hui… que Bercy conserverait dans ses caisses…pour combler son déficit…alors que par ailleurs les collectivités locales d’outremer contribuent au redressement des comptes publics… des économies qui asphyxient les ménages les plus vulnérables, lesquels répercutent ce mal-être sous le vocable de «vie chère»…et le piège se referme sur eux… un crime presque parfait… avec des oiseaux de proie sortis de partout et de nulle part, et même au-delà des mers, chacun essayant de capitaliser sur la « vie chère », c’est-à-dire sur la misère du Peuple, et plus le Peuple s’enfonce dans l’abîme, et plus les oiseaux de proie s’élèvent, vaincront ceux qui réussiront à lui enlever le pain de la bouche, en l’occurrence l’Octroi de mer (mais pas que …), car nous sommes à la fin d’un cycle, le Peuple doit périr par le Peuple, d’où l’expansion partout sur la planète d’un populisme autophage …largement sponsorisé par des milliardaires… qui veulent en finir une fois pour toutes avec les services publics…et les impôts qui les financent…dont l’Octroi de mer…d’où…l’entrée des médias dans la danse… macabre…(le peuple et les oiseaux de proie enlacés)… transformée en romance.
Quoi qu’il en soit, il faudrait être particulièrement malavisé (ou plus exactement œuvrer à des intérêts autres) pour prétendre, comme il se fait, que sans levier fiscal et sous la tutelle de Bercy (ou de la DGCL) des jours meilleurs attendent les Peuples d’outremer. Bien au contraire, avec le démantèlement de l’Octroi de mer, qui plus est au profit d’une TVA nationale, l’on s’achemine vers un chaos généralisé dans les DOM, chaos déjà bien amorcé aux Antilles, utilisées comme variables d’ajustement budgétaire pour l’État”..
Les révoltes de Noirs aux Antilles
Ainsi pendant que le budget de l’État explosait à partir de 2018, aux Antilles il était gelé. Supposées riches parmi les pauvres, les Antilles doivent compenser la hausse du budget de l’État dans les autres DOM .
En réalité, les Antilles sont laissées pour compte depuis une quinzaine d’années par un État qui faillit à ses devoirs les plus élémentaires, notamment envers la jeunesse (mais pas que…) démunie face à la violence d’un système qui ne leur accorde, semble t-il, quelque intérêt que pour recycler leur misère dans les offres de formation du Régiment de Service Militaire Adapté .
Les Antilles, comme en témoigne leur situation sécuritaire ou démographique, se trouvent dans un état critique duquel elles ne pourront se relever, sans avoir retrouvé les marges de manœuvre budgétaires confisquées par l’État central13, tels les 150 millions d’euros perdus par la CTM avec les transferts de compétences sociales.
Une situation devenue plus critique que celle de la Guyane avant 2017, la Guyane qui avait obtenu des excuses publiques de la République…
Circonstance aggravante, la Mère patrie, contrairement à sa réaction en Guyane, à Mayotte, ou à la Réunion, n’a pas jugé utile de prêter quelque attention aux crises sociales d’ampleur survenues en 2021 et 2024, sauf pour exploiter le filon de la « vie chère » (et on légifère à tour de bras) qui maintient ces îles dans une
« nasse » où Noirs et Békés « s’étripent » pour résoudre leurs différends séculaires, pendant que l’État français, au-dessus de la mêlée, joue à l’arbitre, soutenant tantôt l’un, tantôt l’autre, selon ses intérêts changeants ou constants à la fois : « Diviser pour mieux régner » ?.
Et après ce tour de chauffe, vient l’autre mets favori remontant à l’esclavage, puis institutionnalisé et ritualisé dans les élections : le Nèg kont Nèg qui reprend de la vigueur avec le populisme, lequel dépouille le peuple de son pouvoir révolutionnaire, seul (avec le carnaval) à même d’inverser les rôles, de faire frémir la Mère Patrie, pour de temps à autre, tenter de respirer derrière le Masque, dans ce bal paré-masqué débuté à l’aube des temps (noirs) et qui n’en finit pas, cet ultime espoir, respiration, sera confisqué par des oiseaux de proie, mâles et femelles, rivalisant de vocalises à la gloire du Peuple, avec en arrière fond, ce chœur lancinant qui conditionne les esprits, le Peuple,le Peuple,le Peuple,le Peuple qui a retrouvé sa voie, la voix de Dieu, voix du Peuple, Vox DEI, une manière de Requiem, aussi bien marche funèbre pour un enterrement de première classe dans des urnes funéraires !
Autant dire que la « Métropole » peut dormir « sur ses deux oreilles », ces révoltes ne vont pas ébranler les assises de l’Empire. Bien au contraire : « On veut être comme la France…consommer comme en France… manger comme la France…avoir la TVA comme la France… » …
Une manière de « résilience » face à une maltraitance budgétaire qui pourra sans conteste être exportée avec succès. Une maltraitance budgétaire que les plus zélés des Noirs , nomment, avec grandiloquence,
« Assistanat budgétaire ».
***
Le ressac incessant de la mer
« Avec l’Assimilation,et l’institutionnalisation de la négation de l’autre entant qu’autre,le racisme envient à sa forme perverse qui voit l’autre se renier en tant qu’autre et se voulant même, ne reconnaître d’existence qu’à celui qui le nie en son identité propre.»Monchoachi
Ainsi, plutôt que d’exiger « Réparation » à la France pour une histoire passée qui se conjugue toujours au présent, comme le ressac de la mer, qui s’en va et s’en revient toujours de plus belle, plus assourdissant, et plus terrible à la fois avec le poids des années et des siècles, plutôt que d’évoquer la malédiction de Choiseul qui se superpose à celle de Cham réduit en servitude : la colonie soit on s’en débarrasse, soit elle devra rendre gorge…, plutôt que de déconstruire le mythe fondateur de la barbarie des Temps modernes, à savoir ce trésor qui se cacherait dans les cavernes sombres de « ces îles lointaines », plutôt que de réprouver cette chasse au trésor aussi bien chasse aux sorcières ou chasse à l’homme (Noir), plutôt que de demander des comptes à la France pour toutes ces violences institutionnelles à l’encontre des descendants d’esclaves noirs de ses ex-colonies, au lieu de dénoncer, comme le fait l’ONU 14, ce racisme systémique qui gangrène les institutions des anciennes puissances coloniales et esclavagistes, au lieu de tout cela, on préfère courageusement choisir le camp du Vainqueur : « Hurler avec les loups», « Suivre le colon partout où il va,et jusque et surtout dans son racisme »15,« Dire tout haut ce que le Blanc pense du Noir tout bas»…En somme : Finir le job ! Transformer la Férocité légendaire de l’Homme Blanc en Fardeau, et par gratitude, lui offrir ce qui lui est le plus « cher », la dernière pellicule de chair sous la peau odeur café, vanille et Ylang ylang de ses dernières colonies, noires mais belles, dont, cela tombe bien, le Peuple veut se délester disent ses porte-paroles autoproclamés : « Le Peuple est déjà dans la rue ».
La servitude volontaire
Ainsi avec force conviction, profusion de contre-vérités et arguments populistes (la suppression d’une taxe…) l’on œuvre donc au consentement du Peuple à de nouvelles servitudes et à sa dégradation.
Tant de zèle prêterait à sourire, si cette posture, 75 ans après « Peau noire et masques blancs », n’était pas aussi désastreuse et n’avait pas pour résultat (ou objectif ?)de faciliter la tâche de l’État français pour priver de tout levier fiscal des Noirs, qui seraient aussi « pervertis » que l’Octroi de mer, afin qu’ils n’aient jamais un jour la (mal)chance de s’appartenir !
ASSIMILATION TOTALE : TOUT DOIT DISPARAITRE !
«L’esclavagisme a donné lieu à une situation sociologique et politique
monstrueuse que nul ne saurait gérer» Lafcadio Hearn
Et, après cinq siècles de servitude , des plus brutales (Colonisation, Génocide, Déportation, Esclavage) aux plus subtiles et raffinées (Assimilation, Discrimination, Substitution) :
« Même si je ne suis pas querelleuse il faut que je dise : écoutez
je suis fatiguée maintenant
je vous ai donné l’or
je vous ai donné la terre je vous ai donné la brise je vous ai donné les plages
je vous ai donné le sable jaune
je vous ai donné les cristaux d’or
et j’en suis à un point où (sauf votre respect)
il faut que je dise: prenez le tout en bloc ou laissez-le
je ne peux plus rien donner…».
(Olive Sénior, Jamaïque)
«Parfois la domination et le contrôle s’exercent de façon très directe
(le lynchage) et d’autres fois ils sont plus insidieux
(la discrimination)»
Ta-nehisi coates, USA
“Avec ce terme Assimilation,s’ouvrait,s’expérimentait le filet
le plus large à la fois et le plus raffiné et cruel que l’Occident ait jamais déployé dans son entreprise globale de perversion de l’humain“Monchoachi 16.
Notes
2 En réalité, selon les statistiques de Jalabert (2007), « Le groupe Béké contrôlerait 29% des entreprises de plus de 20 salariés, les Mulâtres 17%, la part la plus importante revenant aux sociétés à capital métropolitain ».
3 Une pétition a été déposée par une « lobbyiste à Bruxelles », avec le soutien du Rpprac auprès du Parlement européen pour la suppression de l’Octroi de mer, suppression qui relève de la compétence de l’État français. En effet, les États membres ont le droit d’instaurer des taxes locales, tant qu’elles respectent les règles fiscales de l’Union. Cependant, des dérogations au droit européen sont accordées par Bruxelles aux RUP, par exemple pour l’AIEM des Canaries ou l’Octroi de mer afin de taxer plus faiblement la production locale que les concurrents importés. Dans les DOM, si cette exonération est supprimée la production locale dorénavant taxée au même niveau que ses concurrents importés, sera fragilisée : 50 000 emplois seraient menacés selon les AMPI. Mais pour l’initiatrice de la pétition, auditionnée par le Parlement européen le 16 avril 2026 : « il n’y a pas de production locale », « c’est une invention des Békés,avec la complicité de la Commission européenne». Si l’exonération de l’Octroi de mer n’est pas renouvelée, et que les Régions procèdent à un alignement des taux vers le bas afin de ne pas asphyxier la production locale, les recettes de l’Octroi de mer vont diminuer. Il faudrait alors, sous l’injonction des chambres régionales des comptes, rechercher des recettes de remplacement pour les collectivités (hausse de la taxe foncière, du prix des services …).
Selon un député du Rassemblement national, auditionné par le Parlement européen dans le cadre de cette pétition, cette taxe coûte 1000 euros par an au Guadeloupéen, « c’est intolérable, il faut la supprimer ». Or, tel vu plus avant la TVA en France hexagonale coûte près de 4000 €/hab. au consommateur.
La pétition vise clairement un ébranlement des budgets locaux et de la production locale.
4 Une comparaison biaisée des dotations des communes ultramarines avec celles de l’Hexagone donne l’impression que les communes des DOM sont privilégiées. Dans les faits, les dotations des communes se divisent en deux catégories :
- Une part forfaitaire où le mode de calcul est le même pour toutes les communes
- Une part péréquation calculée selon des critères de charge et de ressources, sauf pour les communes ultramarines qui sont reléguées dans des quoteparts dites de « solidarité nationale » où leurs dotations sont inférieures à ce qu’elles auraient dû recevoir selon le droit commun.
Après les alertes lancées par la rédactrice de la présente note, cette discrimination a fini par être reconnue par la Cour des Comptes en 2017. La Cour des comptes a fini par relever en 2017 que : « La finalité des dotations de péréquation,soit la réduction des inégalités de situation financière entre les collectivités,comme leurs modalités de calcul en fonction de critères représentatifs de leurs niveaux respectifs de ressources et décharges, ne justifient pas un tel traitement différencié ».
En 2019, le Président de la République a annoncé un rattrapage des dotations de péréquation: 85 M€ sur un retard de 200 M€ mis en évidence pour la première fois par le Rapport Cazeneuve/Patient (2019).
6 Les « Ultramarins » sont confrontés à une longue chaîne de défaillances, mais, en fin de compte, ils sont les seuls à en assumer la paternité car, aux yeux de tous, y compris des leurs, ils incarnent le coupable idéal.
8 Voir les travaux de l’économiste Michel Branchi
9 Si comme cela est proposé par le Front intérieur un impôt doit être supprimé aux Antilles et à la Réunion, ce devrait plutôt être la TVA nationale qui bride l’Octroi de mer et contribue à la crise budgétaire des Antilles dans un contexte de désengagement financier de l’État. Seul cet électrochoc permettrait aux Antilles d’inverser leur trajectoire démographique.
10 Il exonère aussi des intrants et du matériel importés pour des filières prioritaires, sur seules délibérations des régions.
11 Voir les notes d’alerte d’Alain Plaisir.
12 La suppression d’une taxe quelle qu’elle soit, n’est que faiblement répercutée sur les prix de vente. Les
entreprises augmentent leurs marges. Ainsi le passage de la TVA de 20 à 5% dans la restauration, a généré 3 Md€ de pertes fiscales pour l’État, mais les prix n’ont pas baissé.
13 Transferts de compétences peu compensés (150 M€ de reste à charge pour la CTM), baisse des dotations de l’État, Gel des interventions de l’État depuis 2018, pas de rattrapage des dotations des communes…
14 (https://docs.un.org/fr/A/78/317)
16 Monchoachi, Retour à la parole sauvage(Lundi matin, 2023)